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     L'Ă©charpe blanche
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Expéditeur Conversation
Froidmont
Envoyé le :  27/7/2021 1:55
Plume de soie
Inscrit le: 20/7/2021
De:
Envois: 69
L'Ă©charpe blanche
Tous les gages d'amour reluisent d'un grand prix.
Il n'est âme insensible à les prendre en mépris,
Car le présent sincère allume un feu nouveau
Dans cette âme où, naguère, ne brillait que l’ego,
Et le cœur enflammé, de cent flèches percé,
Cherche à rendre un présent à la main adorée.
Le brave chevalier mille dangers fendra
Pour rejoindre sa belle et sa main et ses draps,
Car, pour courtois qu'il fût, il est ce que nous sommes,
Il pare Ă  ses besoins comme les autres hommes.
Mais, pour cent ans galant, il honore sa belle,
La couvre de présents, lui partage sa selle,
Prend les armes, combat pour garder son honneur,
Et la belle flattée empourpre sa candeur.
C'est le fard de l'amour que le rouge des joues,
C'est du cœur innocent dont le rouge se joue.

Une belle en un siècle où régnait trop l'ennui,
Par souci de coutume, abomina la vie.
Elle se voulait morte, Ă©tendue sur le marbre,
Ou sur l'herbe mouillée, ou pourfendue d'un sabre,
Ou pendue Ă  la tour du palais d'un seigneur,
Ou couchée dans ses draps, s'éteignant de langueur,
Ou au champ de bataille, un drapeau dans les mains,
Clamant l'ordre des rois une flèche en son sein,
Ou alors, belle, tragique, Ă  la chasse un amant
La voyant gambader, sauter légèrement,
Dans sa brune toilette, et la tenant pour biche,
Lui décoche au poitrail, la sagette s'y fiche ;
Dans les larmes et le sang, un amour s'est Ă©teint,
L'amoureux éploré la rejoint par l'airain.
Elle voulait un sort qui fût digne d'un conte :
Chaque jour qui passait elle pleurait de honte,
Il fallait mourir tĂ´t, il fallait mourir jeune,
Qu'un heur sombre sanctionne une mort par le jeûne.

A l'opposé un comte, chevalier preux, vaillant,
Faisait bruit de son nom comme un miasme rampant.
A son pied se traînait le boulet de Sodome,
Il avait le péché de trop aimer les hommes.
Il visitait souvent les nouveaux de sa race,
Assouvissait sur eux ses appétits voraces,
Les prenait innocents, les rendait débauchés,
Les marquait dans leurs chairs du même affreux péché,
Dessinait sur leur peau la croix sainte Ă  l'envers,
Crachait au bénitier, honnissait le Saint-Père
Dans des sectes où jamais bon chrétien n'oserait
Mettre l'ombre d'un pied, la rumeur le disait.
Tous ces mots le blessaient, il s'en sentait atteint,
Et, croyant aux rumeurs, il haĂŻt son destin.
Il voulait un nom grand, qu'on ne pût pas salir,
Un exemple, à jamais, qualifié de martyr :
Il fallait un mariage, il fallait une femme,
Qu'une union en lieu saint lui préserve son âme.

Le seigneur Vinculain organisa un jour
Une fĂŞte au palais pour fĂŞter ses amours.
Il avait acheté une femme coquette,
Qu'un père lui devait en l'honneur d'une dette.
La belle empaquetée apportait son trousseau
Aux pieds de son amant, un bien vieil arbrisseau,
Qui, triomphant, voyait l'amour naître en ses yeux :
Il Ă©tait tout pour elle, elle l'aimera vieux.
Les vins coulaient à flot, la débauche reçue
Exposait son gras ventre aux yeux des ingénues :
La rougeur de la treille et la rougeur des vierges
Se mĂŞlaient aux laits blancs Ă  la lueur des cierges.
Le jeune homme fuyait devant les seins offerts,
Il cherchait un refuge, un asile sans chair.
Il se barricada dans la bibliothèque,
Haletant, transpirant, un goût d'angoisse au bec ;
Il sentit dans son dos un souffle secondaire,
Qui semblait agiter, semblait Ă©mouvoir l'air.
Lors, saisi de frayeur et se pensant suivi,
Il se tourna d'un coup, or voyez ce qu'il vit :
Aux clarté des bougies, une femme en dentelles …
Elle avait sur le corps ce qu'on disait des belles.
L'aborder ? Impossible ! Lui parler ? C'est exclu !
Mais il fallait l'aimer, ne plus être reclus ;
L'illusion devait lui faire ardent le cœur,
Muer tout ce flot noir de dégoût en langueur.
S'il l'avait dans les bras la rumeur se tairait ;
Il la trouvait hideuse, mais il la lui fallait !

Orgueilleuse mussée, impitoyable enfant,
L'atropophilienne attendait un amant,
Et cet audacieux venait lui faire cour,
Lui, la rougeur au front, le souffle des plus courts ?
Tant de bêtise au cœur n'émut que peu le sien ;
Mais elle avait l'idée d'en faire un bon pantin ;
Elle cilla de l’œil, décocha un soupir,
Pourfendit l'audacieux de mille affreux sourires.
Elle savait déjà qu'elle avait tout gagné,
Que ce jeune naĂŻf serait son laurier,
Qu'elle avait donc trouvé pour faire son bonheur
Un amoureux transi pour faire son malheur.
Elle se gifla fort pour rougir Ă  son tour,
Il crut qu'elle pâmait, que c'était de l'amour,
Qu'il avait su tromper cette gazelle blanche,
Que pour un mot de lui, elle irait Ă  la Canche.

Pendant vingt longues nuits, il lui chanta les fleurs,
Les parfums, les bourgeons, les rosées, les couleurs,
Ă€ son visage peint le sourire d'un ange,
Et la voix cajoleuse, et les pieds dans la fange.
Elle laissait courir ce Cupidon piteux,
Applaudissant parfois, l'encourageant des yeux,
Réclamant d'autres chants, condamnant ses silences ;
Tous les deux s'entr’aimaient, comédie de romance.
Ă€ deux on les voyait. De tous deux on parlait.
La rumeur retournée clamait le verbe aimer ;
Et l'oiseau du matin, le rossignol chantant,
Dans les bois claironnait l'approche des amants ;
Dans les flots les ondins faisaient bruit de fanfare,
Quand au bord d'un ruisseau s'échangeait un regard ;
Et la mouche jalouse entre eux deux se posait
Dans l'espoir de cueillir la chaleur d'un baiser.
L'ennui ainsi pesa sur ces deux lourds destins,
Le théâtre devint leur triste quotidien.

Les temps longtemps stagnants, on déclara la guerre.
Entre deux buis fleuris, dans un grand jardin vert,
Sous un ciel bleu, uni, qu'un vent d'est agitait,
Entre les tours charmants de papillons nacrés,
Sous les traits doucereux d'un soleil de rubis,
D'oĂą pleuvait, comme l'eau des fontaines obvies,
Une tendre chaleur à délasser les corps,
Deux rois prirent accord de guerroyer Ă  mort.
On a servi le thé, les gâteaux sur la table,
Les deux rois sustentés d'un rire gras, aimable
Croquent à pleines dents la chair cassante et sèche,
Engloutissent le sang des feuilles et des pĂŞches,
Et rient comme au soleil rirait un enfant neuf,
Découvrant la prairie où repose le bœuf,
Touchant ingénument la scille auprès du chêne
De ses doigts boursouflés d'enfant qui n'a de peine,
Caressant doucement la feuille de fougère
Pour la presser enfin, tout au pied d'un calvaire,
Voir la plante se tordre en un cri sourd, muet,
Et jouir de sa souffrance avec un rire niais ;
C'est un peu de ce rire que riaient les deux rois,
La voix juste plus grave, on le reconnaîtra,
Ils avaient l'innocence des enfants d'Achéron
Et une dissonance qui leur sortait du tronc.

Le comte s'échappa des bras de son haïe ;
Vers la guerre et le meurtre il quitta son pays.
L'au revoir fut poignant, plein de démonstration
De passions sorties, de promesses d'Albion
De revenir un jour, de ne pas l'oublier ;
Le soupir fut soulage et les pleurs arrachés
Sortaient des yeux en flots bouillonnants et menteurs.
Et l'amante éplorée d'un masque de candeur
Regrettait son haĂŻ qui partait Ă  la guerre
D'une larme, pas plus, et le reste à la bière.
À la touchante scène assistaient deux quidams,
Qui, les yeux embués, attendaient de la dame
Une forme galante, un geste de pitié,
Une peine de voir son amour éprouvé ;
Pour combler le parterre, elle Ă´ta son Ă©charpe,
Laissant courir ses doigts comme sur une harpe,
Et, blanche, la bailla à l'objet de son cœur
Comme présent d'adieu, en s'arrachant un pleur.
Elle avait trop pleuré, son œil la tourmentait,
Elle se détourna et partit se cacher ;
Dans son boudoir mussée, entrée inconsolable,
Elle partit d'un rire aigu, incontrĂ´lable.
L'homme de son côté mit l'écharpe à son cou.
Tel le pendu la corde l'étouffera d'un coup !

En rangs serrés et droits l'armée des ocres lances
Descendait la vallée marécageuse et rance
Pour toucher aux frontières un ennemi chéri
Qu'elle choyait de mots, d'injures, de lazzis.
Dansant sur les hauberts, les rayons du soleil
Haussaient la pestilence des raisins de la treille,
Qui venaient Ă©clater sous ses ardents poignards
Et verser leur rougeur aux bottes des soudards.
Le comte empanaché de son écharpe blanche
Abîmait son regard d'une passion franche
Pour son voisin de rang, un jeune homme puriste,
Qu'il suivait en tremblant pas Ă  pas sur la piste.
Ce jeune homme pensait Ă  se belle au pays
Qu'il avait délaissée, pâmée, évanouie,
Pour effleurer des doigts, pour toucher du regard
Le sort de ses aïeux, les lauriers de la gloire ;
Il partit, mine sombre, aux champs rouges de Mars,
Il finit en héros, et les jambes éparses.
Or sa belle, enchaînée, prit pour le seconder
Une vigueur imberbe, qui avait déserté.

Le preux comte courut de bataille en bataille,
Et son nom peu Ă  peu branlait les Ă©ventails.
Son grade militaire allait croissant toujours,
Et son bruit obombrait les jours de son amour.
Elle ne pouvait pas se dire « il a péri »,
Son implacable bras émouvait tout Paris ;
Où qu'elle aille, elle était la maîtresse du grand,
Sa première conquête avant celles du brant.
Au théâtre, au prie-Dieu, au bas peuple, à la cime,
Aux palais, aux châteaux, aux publics, aux intimes,
La louange enflammait son oreille irritée
Du brouhaha du nom qui l'aurait due flatter.
Une nuit, sur un banc, au plus loin du levant,
On la surprit pleurant la vie de son amant.
Mais qui aurait pensé, qu'elle n'eût point de cœur :
Ces larmes empennées passaient pour des douceurs.

Le roi, frappé d'orgueil à la vue des victoires,
Prit en siège la Mort, la voulut faire choir,
Et tenir en sa main le globe de la vie,
Qu'à ses goûts, ses diktats, ses humeurs, ses envies,
La grande faux glacée se plie et obéisse,
Qu'elle rompe le corps à l'orée du caprice
De celui qui d'un mot aurait honni le roi
Ou qui l'aurait pensé, ne fût-ce qu'une fois.
Le bruit de son audace emplit bientĂ´t le monde
Qui de crainte trembla que la Mort on Ă©monde,
Que ce roi impudent ose porter atteinte
Au doigt glacé du glas, la porteuse de plaintes.
Les lances rugissantes et les cœurs acérés,
Les soldats brandissaient leurs poings emmitouflés
De gantelets de fer que compliquaient des lames
Pour lacérer les chairs, mettre en branle les rames
Du grand nocher funeste, ennemi des vivants ;
Et d'immenses remparts, boucliers d'ossements,
Protégeaient les avants des hordes militaires,
Qui débordaient la plaine de clameurs suicidaires ;
Un cimier de fer brut surplombé de deux cornes
Couronnait des soudards les immenses fronts mornes ;
La visière du casque était en porte-voix,
Et le chant des sirènes ne fît pas plus d'effroi
Que ce cri inhumain, mille fois amplifié,
Qui eût couché Lazare, lui ne pouvant se fier
A l'âcreté mielleuse, au geste thaumaturge,
Aux promesses de paix de l'enfant du démiurge,
A l'ouĂŻe de ce cri, hurlement de la vie,
Pulsion du mouvement, couperet qu'on dévie.

Après maints grands combats, après maintes victoires,
Après avoir cueilli les lauriers de la gloire,
Après avoir soumis les peuplades barbares,
Après avoir conquis les royaumes avares,
Après s'être fait nom, après s'être fait bruit,
Après avoir franchi les immenses pertuis,
Après avoir ravi les richesses sauvages,
Après avoir détruit les plus beaux paysages,
Après les pluies de sang, après les rouges rus,
C'est en cette mêlée que le comte mourut.

A la ville on reçut un paquet, une lettre
A la dame adressés, remis des mains d'un prêtre.
On ouvrit ce paquet, elle vit au dedans
L'Ă©clat blanc de l'Ă©charpe et le sombre du sang,
Et son rire carmin, gracieux et léger,
Donnait à son visage un air de vérité.
Et les buveurs de larmes, haussant un Ĺ“il hagard,
Surpris du mouvement, infâmes charognards,
Murmurèrent en chœur qu'elle avait la raison
Égarée par le deuil, et que son oraison
Serait un rire franc pour l'âme d'un amant
Qu'elle aima à folie et démesurément.
Elle décacheta la lettre à son adresse
Et les mots qu'elle y lut tuèrent toute liesse :
« Je mets à votre cou, ma ténébreuse chaste,
Le présent que jadis on offrit à Jocaste. »
Ainsi, il savait tout ; il n'était pas déçu ;
Il avait pu cacher tout ce qu'il avait su.

Tous les gages d'amour reluisent d'un grand prix.
Il n'est âme insensible à les prendre en mépris,
Car le présent sincère allume un feu nouveau
Dans cette âme où, naguère, ne brillait que l’ego.
StJust
Envoyé le :  27/7/2021 3:53
Plume d'or
Inscrit le: 17/5/2009
De: 33
Envois: 1842
Re: L'Ă©charpe blanche
Voilà un conte sur un Comte qui raconte les mécomptes du héros et de son ego.... sans trique !



Sybilla
Envoyé le :  27/7/2021 9:12
Modératrice
Inscrit le: 27/5/2014
De:
Envois: 57795
Re: L'Ă©charpe blanche


Bonjour Froidmont,

Un conte bien dépeint en tes mots et les maux de ce héros !



Belle journée !
Amitiés
Sybilla


----------------
Le rĂŞve est le poumon de ma vie. (Citation de Sybilla)

cyrael
Envoyé le :  27/7/2021 13:37
Mascotte d'Oasis
Inscrit le: 30/10/2005
De: ****
Envois: 71012
Re: L'Ă©charpe blanche


Un récit, un conte, une légende

qui a su inspiré la plume du poète

Lors, saisi de frayeur et se pensant suivi,
Il se tourna d'un coup, or voyez ce qu'il vit :
Aux clarté des bougies, une femme en dentelles …
Elle avait sur le corps ce qu'on disait des belles.
L'aborder ? Impossible ! Lui parler ? C'est exclu !
Mais il fallait l'aimer, ne plus ĂŞtre reclus ;



Heureusement la fin de cette histoire
est très belle

c'est
un beau gage d'amour pour cette dame ..

Elle décacheta la lettre à son adresse
Et les mots qu'elle y lut tuèrent toute liesse :
« Je mets à votre cou, ma ténébreuse chaste,
Le présent que jadis on offrit à Jocaste. »

Tous les gages d'amour reluisent d'un grand prix.



----------------

felinelove
Envoyé le :  27/7/2021 14:17
Modératrice globale
Inscrit le: 16/6/2011
De: Saumur
Envois: 62700
Re: L'Ă©charpe blanche
un très joli conte


----------------

Froidmont
Envoyé le :  28/7/2021 1:59
Plume de soie
Inscrit le: 20/7/2021
De:
Envois: 69
Re: L'Ă©charpe blanche
Merci Ă  tous ! ^^
EvilFranck
Envoyé le :  28/7/2021 10:54
Modérateur
Inscrit le: 8/7/2013
De: Pandore
Envois: 59092
Re: L'Ă©charpe blanche
Bonjour, très bel écrit de la plume

Amicalement


----------------
La poésie, c'est comme la cuisine, le mot faitout

00063312-1

Chibani
Envoyé le :  31/7/2021 23:40
Mascotte d'Oasis
Inscrit le: 9/12/2009
De: Val d'Oise
Envois: 11032
Re: L'Ă©charpe blanche


L'Ă©charpe est blanche, mais la page ne l'est plus
Pour la lire en son tout, j'ai mis un pardessus
Quatre saisons n'Ă©tant pas de trop pour le faire
Heureusement qu'ici, est court mon commentaire.

Mais pour l'exploit

Sincèrement. GUY


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